bandeau atlas des collèges
atlas du patrimoine dossiers > atlas des collèges > notice de collège >
COLLÈGE ALFRED SISLEY



60 quai de la Marine L'ILE-SAINT-DENIS
livraison 1979


programme : Collège 600
code site IA : 0931765N



LES ACTEURS DE LA CONSTRUCTION

Maître d'ouvrage : Ministère de l'éducation nationale
Architecte d'opération : M. Blancaneaux
Architecte d'adaptation : Robert Joly, assistant I. Djelic
Entreprise : Ballot, procédé Léon Ballot


LE COLLÈGE EN CHIFFRES

Surfaces

surface hors-oeuvre brute : 9 416 m2
surface hors-oeuvre nette : 4 995 m2
surface utile : 3 275 m2
surface du terrain : 15 020 m2

Programme détaillé

salles d'enseignement général : 16
salles de sciences : 4
salles de technologie : 2
salle d'informatique : 1
salles d'enseignement artistique : 2
CDI et locaux associés : 175 m2
salle polyvalente : 152 m2
demi-pension : 341 m2
cour : 1 474 m2
logements de fonction : 5

Coûts : non connus

Comme la plupart des établissements produits durant cette période d’industrialisation des constructions scolaires, le collège Alfred Sisley, livré en 1979, a été réalisé avec un procédé de construction industrialisé. Il est issu de l’adaptation d’un collège-type agréé par le Ministère de l’Education nationale. Selon la procédure alors en vigueur, la réalisation en a été confiée à un « tandem » architecte-entreprise, une des mission des architectes étant d’adapter le procédé industrialisé de l’entreprise aux contraintes spécifiques du terrain et du programme.
La spécificité du collège Sisley est qu’il se situe dans une commune au caractère original du fait de sa situation insulaire

 

Fresque des élèves, détail
AP - © caue 93
 
LE COLLÈGE DANS LE QUARTIER

Situé au nord de la commune, dans un secteur dédié aux espaces naturels et aux équipements de sports et de loisirs, le collège bénéficie d’un site privilégié. Il jouxte en effet le Parc départemental de l’Île-Saint-Denis au nord, le complexe sportif
Robert-César au sud, et surplombe les bords de Seine le long desquels se développent d’un côté, Épinay, de l’autre, Villeneuve-la-Garenne.
L’établissement est desservi par le quai de la Marine qui longe la Seine, avec deux accès différenciés l’un réservé aux piétons, l’autre aux véhicules


Bords de Seine
AP - © caue 93
 

vue aérienne
SPC - © CG93 - InterAtlas - Cities revealed (licence n° 0393CG93)
 

Entrée principale
AP - © caue 93
 
PARTI ARCHITECTURAL

Au moment de la construction de l’établissement, les collèges – alors nommés CES ou collèges d’enseignement secondaire - sont des établissements de taille importante en général de 900 à 1 200 élèves. Ils sont réalisés avec des procédés industrialisés agréés par le ministère de l’Éducation nationale, qui permettent de raccourcir les délais de construction et ainsi de pallier le manque d’établissements face à l’augmentation massive des effectifs du secondaire.
Dans ce type de procédure, l’architecte qui se voit attribuer la conception d’un collège a pour charge d’harmoniser le procédé de construction par préfabrication d’éléments lourds en béton armé, dite préfabrication lourde, et le plan type agréé par le ministère de l’Éducation nationale. La maîtrise d’œuvre* est ainsi le plus souvent répartie entre deux architectes, l’architecte dit d’adaptation qui élabore son projet à partir de l’adaptation du procédé industrialisé et l’architecte d’opération qui suit l’exécution des travaux.
Les collèges ainsi produits se démarquent des établissements scolaires des périodes précédentes, conçus et mis en valeur comme des « monuments » de la République, qui s’insèrent dans un esprit de continuité dans leur environnement urbain. Ils se démarquent aussi de ceux, plus récents, issus de la Décentralisation où la recherche de « l’urbanité », traduit un regain d’intérêt pour la ville.
Cela n’empêche pas cependant certains architectes de tenter d’enrichir les systèmes constructifs industrialisés, par une recherche sur la combinaison des espaces, par un travail sur le plan de masse ou encore les façades.
Ici, le collège est composé de trois volumes principaux assez simples, qui s’articulent autour d’un patio, reliés entre eux par des éléments abritant les escaliers de secours. Ces derniers se veulent des éléments d’animation de la composition à la volumétrie très simple.
C’est un parti architectural caractéristique de la deuxième période de construction des collèges industrialisés de la fin des années 70 qui marque un assouplissement dans l’architecture scolaire. Le principe adopté ici rompt avec les grands volumes linéaires et l’éclatement des fonctions du collège dans des bâtiments séparés typiques de la première vague de constructions industrialisées issue de la décennie précédente.
Au moment de la construction du collège, le principe fonctionnaliste*, un bâtiment - une fonction a en effet été abandonné au profit d’une conception du collège comme un édifice unitaire et compact. Le collège n’est plus conçu comme espace indifférencié quel que soit le lieu, mais bénéficie d’un minimum d’adaptation au contexte, tendance qui ne cessera de se confirmer par la suite au cours des années 80. L’articulation des corps de bâtiments autour d’un patio témoigne aussi de la volonté qui commence alors à apparaître de faire du collège un lieu de vie.
L’affectation des locaux se fait toutefois par « pôle » dans le souci de la fonctionnalité de l’établissement : un bâtiment de deux niveaux comporte l’entrée-accueil, les fonctions dédiées à la collectivité (CDI et la demi-pension) et l’administration ; les deux autres, l’enseignement. Ils s’élèvent sur trois niveaux.
Les logements de fonction sont dans un bâtiment séparé, afin de préserver leur fonction privée.


Le collège dans son site
AP - © caue 93
 
procédé industrialisé, industrialisation : dès les années 60 la construction des établissements scolaires des premier et second degrés s'inscrit dans un contexte de forte poussée démographique qui contraint l’État, avec le Ministère de l’Éducation nationale d'entreprendre une politique de rationalisation de la construction: il faut construire vite, beaucoup et le plus économiquement possible. Un certain nombre d'entreprises du bâtiment s'engagent alors sur la voie de l’industrialisation et développent chacune leur propre procédé. Des bâtiments-types sont ainsi définis et agréés par le Ministère de l’Éducation nationale et réalisés dans le cadre des programmes de constructions scolaires industrialisées .


Façade nord face à la Seine
AP - © caue 93
 
préfabrication lourde : procédé qui consiste à fabriquer en usine des éléments de construction en béton de dimensions importantes qui seront ensuite assemblés et montés sur le chantier (panneaux de façade, prédalles, escaliers, travées de ponts, etc.)


Plan de masse
caue 93 - © R. Joly
 
urbanisme fonctionnaliste, fonctionnalisme : principe d'organisation spatiale identifiant et séparant chaque fonction dans la ville (habiter, travailler...), par extension localisant les fonctions d'un collège (enseigner, se restaurer...) dans des bâtiments séparés .


Liaisons entre bâtiments
AP - © caue 93
 

Ici, comme plus généralement dans les collèges industrialisés, l’architecture résulte à la fois des plans établis sur la base de «trames» normalisées qui se traduisent aussi en façade et des contraintes d’une préfabrication lourde qui soit économique. Les bâtiments sont entièrement conçus et dimensionnés sur la base de multiples de cette trame, en plan et en façade.
Les façades sont ainsi constituées de la répétition en série de modules identiques en béton préfabriqués en usine montés sur place. La structure et la trame de 7m20 alors en usage sont lisibles en façade : les poteaux en béton apparents en retrait dessinant le rythme vertical tandis que le traitement de la façade entre les poteaux affirme les horizontales. L’élément ou module de base de la façade comporte ainsi un soubassement, une allège*, et un acrotère* préfabriqués qui viennent s’accrocher sur les planchers et poteaux et présentent un parement* de plaquettes de terre cuite. Les éléments de remplissage entre ces éléments font alterner panneaux menuisés vitrés et panneaux pleins légers. Quelle que soit la fonction abritée derrière les façades, leur traitement est identique et mis en œuvre à partir du module répétitif, donné par la trame de 7m20. Aucune façade n’est ainsi véritablement différenciée ou privilégiée, et l’entrée reçoit un traitement discret qui ne permet pas d’identifier le collège comme un bâtiment public. Seuls se différencient les façades des éléments abritant les escaliers de distribution éclairées avec de gros hublots.

Tout en ayant fait l’objet d’une adaptation au relief du terrain, l’établissement est, à l’instar de nombreux collèges de cette époque, construit dans une relative indifférence vis à vis du site et du paysage. Toutefois, les locaux comme le CDI, la restauration, les bureaux de l’administration développent de grandes baies vitrées et privilégient les vues vers le paysage (Seine et terrains de sport)
L’adaptation au relief du terrain est assurée par un décalage d’un demi-niveau entre le bâtiment dédié à la collectivité et les bâtiments d’enseignement. Ces derniers comportent trois niveaux de hauteur courante tandis que le premier ne comporte que 2 niveaux, mais de hauteur sous-plafond plus importante dans les espaces comme la demi-pension, le CDI…
Les espaces extérieurs ont été traités et plantés avec soin, permettant au collège de se «fondre» dans son environnement naturel de grande qualité. Le 1% culturel y prend place sous la forme d’une sculpture.


L'accès du collège
AP - © caue 93

Façade sur le quai
AP - © caue 93
 
maîtrise d'oeuvre : la maîtrise d'oeuvre et la maîtrise d'ouvrage sont les actes essentiels du projet d'architecture en amont du chantier. La maitrise d'ouvrage définit le programme, commande et finance l'ouvrage à réaliser. Le maître d'oeuvre - en général un ou plusieurs architectes - assure la conception et le suivi de la réalisation.


Façades ouest côté cour de récréation
AP - © caue 93
 
trame "Education nationale" : une trame est un réseau constitué en plan de la répétition d'éléments de dimensions égales, formant une sorte de quadrillage, correspondant soit à un simple dessin au sol, soit comme ici aux points d'appui de la structure porteuse d'un bâtiment. La trame "Éducation nationale" de 7m20 remplace dans les années 70 la tramede 1m75, plus rigide, qui a prévalu dans les années 60. Elle correspond à de nouvelles conceptions de l'espace scolaire adaptées à l'évolution de la pédagogie. Cette trame à "large maille" avec un point d'appui seulement tous les 7m20, dégage des surfaces importantes entre poteaux et correspond à la surface d'une classe. Elle permet aussi un aménagement intérieur plus souple voire un remodelage des cloisons. La trame permet également de simplifier la construction et d'en réduire les délais et les coûts

structure : système constructif constituant l'ossature d'un bâtiment

allège : élément construit situé entre le plancher et l'appui d'une fenêtre

acrotère : élément de façade situé au-dessus du niveau de la toiture en périphérie d'un bâtiment et formant des rebords ou des garde-corps pleins ou à claire-voie. La fonction de l'acrotère est non seulement esthétique mais technique car elle permet de traiter les relevés d'étanchéité d'une toiture en terrasse.

parement : face apparente d'un élément de construction lui donnant son aspect de finition


La sculpture
AP - © caue 93
 
1 % artistique : depuis 1953, un dispositif législatif permet aux maîtres d'ouvrages des constructions publiques de consacrer 1% du montant HT des travaux de réalisation ou de réhabilitation d'un équipement au financement d'une oeuvre d'art par un artiste contemporain destinée à l'équipement réalisé.

ORGANISATION DES ESPACES

La jonction entre les trois corps de bâtiments s’effectue par les circulations verticales (escaliers). L’organisation assez compacte permet d’éviter les grands couloirs puisque le collège articule ses trois bâtiments ou «plots» autour du patio. Le plus grand, de plan rectangulaire, est réservé aux fonctions dédiées à la communauté du collège : accueil, administration, CDI, vie scolaire, demi-pension… Les deux autres de plans carrés imbriqués disposés sur leur diagonale et selon un axe de symétrie sont dédiés à l’enseignement. Ils comportent un rez-de-chaussée et deux étages.
L’organisation et la répartition des locaux ont peu changé depuis la création du collège. Les circulations, espaces de distribution clairs et généreux se développent autour du patio, bénéficiant ainsi d’un éclairage naturel dispensé par de larges baies.

Au rez-de-chaussée, autour du patio central sont distribués dans le bâtiment d’accueil l’administration, la loge et son logement, les réserves de la restauration ; dans les deux « branches» la salle polyvalente et le pôle d’enseignement scientifique. Les espaces de distribution donnent sur le patio et comportent un espace polyvalent accueillant des activités de détente.

Au premier : la demi-pension, le CDI et les locaux des professeurs ; l’enseignement scientifique et technique, quelques salles d’enseignement général

Au second : les salles d’enseignement général et artistique uniquement.


Plan du rez-de-chaussée
caue 93 - © R. Joly

Plan du premier étage
caue 93 - © R. Joly

Plan du deuxième étage
caue 93 - © R. Joly
 

Façade sur patio, détail
AP - © caue 93
 

Salle de classe
AP - © caue 93
 

Circulation à l'étage
AP - © caue 93
 

Le CDI, accueil
AP - © caue 93
 

Restauration, self
AP - © caue 93
 

Salle polyvalente
AP - © caue 93
 
MATERIAUX ET COULEURS

L’élément ou module de base de la façade fait cohabiter procédé de préfabrication lourde et panneaux menuisés légers. La polychromie* joue sur le contraste à l’extérieur entre le ton rouge-brun des terres cuites en parement des panneaux préfabriqués et le ton vert des panneaux menuisés, tout en s’accordant avec les tons présents dans l’environnement immédiat. Les menuiseries sont en bois naturel de teinte sombre.
Les fenêtres bandeaux filantes dans leur cadre en bois regroupent 4 éléments identiques par trame de 7m20 en façade.
Les logements se différencient par leurs façades en enduit clair.
A l’intérieur dominent les teintes claires y compris pour le mobilier.

La salle polyvalente récemment rénovée joue la carte du contraste avec des touches de couleurs vives et la scène noire


Façade nord, détail
AP - © caue 93
 

Circulation à l'étage
AP - © caue 93
 

Salle polyvalente, régie
AP - © caue 93
 
polychromie, polychrome : résultat de l'association d'une variété de couleurs


 
L'ARCHITECTE DU COLLÈGE

Robert JOLY

Architecte né en 1928, formé par Robert Auzelle et André Leconte, Robert Joly a également mené une carrière d’urbaniste, d’enseignant et de chercheur. Il est à la fois l’auteur d’édifices publics, comme l’immeuble de l’Institut de l’environnement, avec l’ingénieur Jean Prouvé, rue Érasme à Paris (détruit en 1994) ainsi que de plusieurs plans d’urbanisme (Luxembourg) et de secteurs sauvegardés (Nantes, Metz, Arles, Mers-les-Bains, Le Tréport). Il a également exercé dans le Lot la mission d’assistance architecturale pour le ministère de l’Équipement à partir de 1970. Il a enseigné à l’Institut d’urbanisme et à l’École d’architecture de Paris-La Villette de 1966 à 1994 et a mené à ce titre des recherches sur l’habitat sur des thèmes comme « Les transformations de l’habitat rural » ou « Les racines historiques du lotissement ». Il a publié plusieurs ouvrages, « La ville et la civilisation urbaine » en 1985 (éd. Messidor) et surtout "André Lurçat, l’architecte", avec son frère Pierre Joly en 1995 (éd.Picard).

 

 
UN COLLÈGE UNE PERSONNALITÉ

Alfred SISLEY
1839-1899

Sisley abandonne la carrière commerciale à laquelle le destinaient ses parents pour se consacrer à la peinture. Influencé par Corot et Daubigny, il s’oriente essentiellement vers la peinture de plein air, s’inscrivant en cela dans le courant impressionniste, et s’attache en particulier à peindre les paysages de l’Île-de-France. Il fait la connaissance de Renoir, Monet et Bazille avec lesquels il se lie. Ses premiers paysages seront ceux de la région de Fontainebleau. Suivront ceux de l’Île Saint Denis, Villeneuve-la-Garenne et son pont, mais aussi Argenteuil, Marly, Bougival, Louveciennes, Moret-sur-Loing et ses environs où il se retirera. Si, dans la première partie de sa carrière, il vit facilement grâce à la situation financière florissante de son père, la ruine de ce dernier, après la guerre de 1870, le contraint ensuite à une existence précaire.
D’origine et de nationalité britannique, bien que né à Paris et ayant vécu presque toute sa vie en France, il souhaite obtenir la nationalité française, mais meurt avant même de l’avoir obtenue. Injustement apprécié de son vivant, c’est seulement après sa mort qu’il est reconnu à sa véritable place, c’est à dire comme une des figures majeures de l’Impressionnisme.

 

 

1-3 sur 15 images


page 1 sur 5
 
page 1 sur 5
 
 
Accueil

Outils Plan du site Contacts / Crédits / Mentions légales
 
cadre bas