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COLLÈGE JEAN JAURÈS

programme d'origine : groupe scolaire
programme actuel : collège et SEGPA
code site IA : 0931143M
autre(s) collège(s) à Saint-Ouen : Jules Michelet, Josephine Baker


CHRONOLOGIE

LES ACTEURS DE LA CONSTRUCTION

Maître d'ouvrage (1883) : Ville de Saint-Ouen
Architectes (1883) : Driot & Mathieu
Maître d'ouvrage (1933-1934) : Ville de Saint-Ouen
Architecte (1933-1934) : César Auguste Mancel
Maître d'ouvrage (1946-1948) : Ville de Saint-Ouen
Architecte (1946-1948) : Ferdinand de Graët
Maître d'ouvrage (1954-1956) : Ville de Saint-Ouen
Architecte (1954-1956) : Jules Couez
Maître d'ouvrage (1986-2000) : Département de la Seine-Saint-Denis
Architecte (1986-2000) : Alain Muckenhirn
Maître d'ouvrage (2013-2014) : Département de la Seine-Saint-Denis
Maître d'ouvrage mandataire (2013-2014) : Sequano aménagement
Maître d'œuvre (2013-2014) : Soria architectes. Patrick Monnin, architecte chef de projet
BET TCE (2013-2014) : BERIM
BET HQE (2013-2014) : AG12D


LE COLLÈGE EN CHIFFRES

Surfaces

surface utile : 7115 m2
surface du terrain : 8455 m2

Programme détaillé

salles d'enseignement général : 29
salles de sciences : 4
salles de technologie : 2
salle d'informatique : 1
salles d'enseignement artistique : 2
CDI et locaux associés : 366 m2
salle d'EPS : salle de ping-pong
préau : 228 m2
logements de fonction : 2

Coûts : non connus



1883 construction du groupe scolaire du Centre

Maître d'ouvrage : Ville de Saint-Ouen
Architectes : Driot & Mathieu


PROGRAMME DU GROUPE SCOLAIRE D'ORIGINE

D’abord nommé sur les plans groupe scolaire de la Mairie, l’établissement devient école du Centre avant de prendre le nom de Jean-Jaurès par délibération municipale du 15 juin 1919. Il comprend une école de filles et une école de garçons de cinq classes chacune. Il occupe 6000 m2. Au cours de l’année scolaire 1899-1900, il reçoit 636 élèves. Le personnel enseignant comprend un directeur déchargé de classe, six instituteurs titulaires et quatre stagiaires.
La salle d’asile (maternelle) est une construction à part dont nous n’avons pas d’image. Elle est fréquentée en 1899-1900 par 479 enfants accueillis dans quatre classes.


Ecole du Centre, vers 1900
Inconnu - Archives municipales de Saint-Ouen
 
PARTI ARCHITECTURAL DU GROUPE SCOLAIRE D'ORIGINE

La construction de la nouvelle mairie en 1869 (Lequeux, arch.) a déplacé le centre de la ville de Saint-Ouen, et a donné lieu à l’aménagement des abords et à la construction de divers équipements. La première est celle du groupe scolaire, déclarée d’utilité publique en 1882.

La façade principale s’étend sur une place plantée d’arbres à l’arrière de la mairie. Les rues qui le bordent seront ouvertes ultérieurement, Diderot en 1887 et Ampère en 1907.
Le bâtiment, symétrique, est disposé en U. Nous ne disposons que d’un plan schématique et de photos de la façade principale et d’une des cours. Ces vues montrent un édifice à la composition classique, axé autour d’un pavillon central à un niveau surmonté d’un toit en pavillon qui porte les armes de la ville. De part et d’autre s’étendent deux ailes, à un niveau également, aux travées régulières et interrompues chacune par un pavillon intermédiaire à deux niveaux et couverts de toits à quatre pans. Cette façade comporte 27 travées, dont trois pour le corps central. Elle est bâtie en pierre de taille avec de discrets parements de brique. La vaste cour à l’arrière est fermée par un simple mur. Dans les ailes en retour, les classes ouvrent directement dans la cour et bénéficient d’éclairage naturel sur deux côtés ; les salles implantées dans le bâtiment principal ouvrent côté cour sur une galerie* couverte, formé d’arcs en plein cintre. Ce système rappelle l’architecture conventuelle*, dont l’influence est très présente dans les écoles de la IIIe République. L’école dispose d’un chauffage à haute pression, système Simon.
Une salle des fêtes, servant aussi de préau couvert, est construite dans la cour, dans l’axe du pavillon central en 1884 par les mêmes architectes. Edifice étonnant, monumental, mais collé à l’école, son fronton triangulaire domine largement le toit de l’école, et in fine, participe visuellement à sa façade.
De nouvelles transformations interviennent en 1907 : de nouveaux préaux sont bâtis à l’arrière, le long de la rue Ampère, fermant ainsi la parcelle. Deux ans plus tard, dans le prolongement de la salle des fêtes qui conserve cette seule fonction, l’architecte C.-A. Mancel, construit un bâtiment abritant le gymnase et le poste central des pompiers. Les toilettes sont accolées, dans les cours, au mur du gymnase.
La particularité du groupe scolaire est d’insérer deux bâtiments publics à l’intérieur de sa cour, la salle des fêtes qui utilise la même entrée que l’école et le bâtiment des pompiers qui ouvre rue Ampère.
Au fil des années, l’augmentation du nombre d’élèves entraîne l’installation de classes dans les préaux. Au début des années 1930, on dénombre 11 classes de garçons, 16 de filles et 5 de maternelle sans que l’école ait été agrandie.
Architecte communal, C.-A. Mancel, parachève l’aménagement de la place par la construction en 1913-1914 d’une poste, d’une justice de paix, d’un commissariat et dans les années 20, d’un bain douche et d‘un gymnase, le long de la rue Diderot. Leur architecture de pierre, d’influence classique, est en parfait accord avec les styles de la mairie et du groupe scolaire.

 

Atlas départemental. Feuille de Saint-Ouen. Extrait. 1899
Archives municipales de Saint-Ouen
 

Première école du Centre, vue de la Place
Inconnu - Archives municipales de Saint-Ouen
 
galerie : Passage intérieur ou extérieur, généralement couvert. La galerie peut servir d’espace de dégagement ou de communication


Ecole du Centre, vers 1900. Vue de la cour.
Inconnu - Archives municipales de Saint-Ouen
 
architecture conventuelle : Architecture monastique ou de couvent. Il est ici fait référence au cloître qui forme une cour centrale entourée d’une galerie ouverte à un ou deux niveaux


1933-1934 reconstruction - agrandissement du groupe scolaire Jean Jaurès

Maître d'ouvrage : Ville de Saint-Ouen
Architecte : César Auguste Mancel


PROGRAMME DU GROUPE SCOLAIRE

D’après les plans datés de 1931 et appelés à être modifiés :
17 classes de garçons (684 élèves en 1935)
22 classes de filles (840 élèves)
1 salle de travaux manuels pour les garçons et de couture pour les filles
Des douches collectives pour les garçons avec vestiaire, des cabines de douche pour les filles.
1 loge et 1 logement de gardien
3 salles affectées à la caisse des écoles, pour les fournitures, l’habillement…(1er étage)
pour chaque école :
1 classe de dessin
1 préau
1 logement
1 bureau directeur (trice)
1 bureau des enseignants
1 salle des docteurs
1 abri couvert et des WC dans la cour
1 groupe de WC et lavabos à chaque étage
1 réfectoire (pour 240 enfants), 1 cuisine commune
1 salle à manger pour les professeurs

Les sept classes de maternelle sont accompagnées d’une salle de repos, d’une salle de propreté et d’une infirmerie, d’un réfectoire, d’un préau et partagent le bâtiment avec la bibliothèque municipale et une salle de patronage « l’Eveil de l’enfance » dotée d’un cinéma scolaire.
Les trois équipements ont leur entrée propre.


Vue de la place des Ecoles
Cliché Studio Fernand. Archives municipales de Saint-Ouen
 

Place Jean Jaurès, détail de la façade
MF Laborde - MFLaborde/CAUE93
 

Cour de gym dans un préau
Cliché Studio Fernand. Archives municipales de Saint-Ouen
 

Classe de science
Cliché Studio Fernand. Archives municipales de Saint-Ouen
 
PARTI ARCHITECTURAL DU GROUPE SCOLAIRE D'ORIGINE

Le groupe scolaire en grande partie reconstruit par C.-A. Mancel ne conserve de l’ancien que les préaux, le long de la rue Ampère, transformés en salles de classe. Le poste de pompier demeure (il existe toujours et est occupé par un gymnase municipal utilisé par les élèves du collège), mais la salle des fêtes est démolie.
Le nouvel édifice englobe un parallélépipède irrégulier, dont le plus grand côté est toujours parallèle à la mairie. Bordé par les rues Diderot et Ampère, et mitoyen de constructions basses sur le plus petit côté, il est composé de deux parties : l’école primaire et la maternelle/bibliothèque. L’école primaire reprend le tracé de l’ancienne, cependant, pour gagner de la surface de planchers, les bâtiments gagnent en hauteur (R+1 et R+2 pour le pavillon central et les pavillons d’angle ainsi que les ailes en retour, rue Diderot et sa parallèle, côté garçons). Seuls les anciens préaux restent à rez-de-chaussée.
Les bâtiments sont organisés autour de deux cours, séparées par le poste de pompier, et à la place de la salle des fêtes, d’un édifice à un niveau (appelé abri couvert) et de WC.

Le nouveau groupe scolaire rompt avec l’équilibre de la place de par son gabarit mais aussi de par le choix du matériau : la brique. Sans doute pour des raisons de coût, mais aussi d’époque, la brique étant un des matériaux de prédilection des architectes scolaires de l’Entre-deux-guerres.


Façade sur la place Jean Jaurès
MF Laborde - MFLaborde/CAUE93
 

La cour avant 1932, sur la droite, le gymnase des pompiers et la salle de fêtes
Cliché Studio Fernand. Archives municipales de Saint-Ouen
 
Distribution

La distribution est très classique. Le corps central abrite l’accueil et les locaux administratifs
au rez-de-chaussée, les infirmeries et trois salles réservées à la caisse des écoles au premier étage, deux logements de fonction au second et sous les combles, trois chambres pour les inspecteurs (18 m2), éclairées côté cour par des chiens assis.
Au sous-sol, se trouvent la cuisine et les réserves, et de part et d’autre les réfectoires, éclairés naturellement par les baies ouvertes sur des cours anglaises. Des salles de douche, collectives avec vestiaire pour les garçons et en cabines pour les filles sont situées sous l’abri central.
Au rez-de-chaussée, les parties latérales sont occupées par les préaux éclairés sur deux côtés par de grandes baies rectangulaires, et équipés de bancs en maçonnerie, revêtus de granito, qui existent toujours. Les ailes en retour (orientées nord-est, sud-ouest) sont occupées par quatre classes côté garçons, et cinq, côté filles. Elles sont desservies par des couloirs, côté extérieur. Ainsi, l’air et la lumière naturelle entrent directement par la cour et indirectement par les couloirs. C’est plus la forme de la parcelle qui a guidé les plans que le souci d’ensoleillement. Cependant la position des tableaux implique que l’éclairage principal vienne de la gauche selon les préceptes de l’architecture scolaire de l’époque (les écoliers se doivent d’être droitiers et ainsi l’ombre portée de la main ne gêne pas l’écriture).
Les premier et second étages, sont occupés par les salles de classe, dont la superficie moyenne est de 63,9 m2 pour les garçons et de 56,83m2 pour les filles.
En fond de cour, le long de la rue Ampère, les anciens préaux abritent les salles d’étude pratique : travaux manuels (bois, fer) pour les garçons et couture pour les filles.

La partie maternelle/bibliothèque/cinéma occupe la partie la plus irrégulière de la parcelle. A l’exception du pavillon d’entrée à R+2, l’ensemble est à R+1 sur sous-sol, ces derniers n’étant occupés que de locaux techniques.
Cette partie présente un programme complexe résolu par des séparations nettes des différentes fonctions, à l’intérieur des bâtiments. La maternelle occupe tout le rez-de-chaussée et au premier, le bâtiment rue Ampère. La grande cour lui est réservée, les enfants ne croisent donc pas les personnes étrangères à l’école. Six des sept classes sont dans le bâtiment rue Ampère et bénéficient donc d’un double éclairage. L’aile nord-est, seulement éclairée par la cour et partiellement par une courette abrite la salle de repos, le réfectoire la cuisine et les toilettes /salle de bain.
La bibliothèque, s’inscrit au premier étage dans le bâtiment donnant sur la place. La salle de cinéma scolaire est dans l’aile nord-est, avec une entrée à gauche du bâtiment principal.

Le groupe scolaire était doté du chauffage central et d’équipements sanitaires très en phase avec les encouragements hygiénistes de l’époque, des douches comme nous l’avons vu, mais également de baignoires adaptées à la toilette des plus petits.


Façade principale
C.A. Mancel - Archives municipales de Saint-Ouen
 

Plan du rez-de-chaussée
C.A. Mancel - Archives municipales de Saint-Ouen
 

Plan du premier étage
C.A. Mancel - Archives municipales de Saint-Ouen
 

Plan du deuxième étage
C.A. Mancel - Archives municipales de Saint-Ouen
 

Façade rue Diderot
C.A. Mancel - Archives municipales de Saint-Ouen
 

Façade sur cour et coupes sur les ailes en retour
C.A. Mancel - Archives municipales de Saint-Ouen
 

Salle de propreté des petits
Cliché Studio Fernand. Archives municipales de Saint-Ouen
 
Les façades

Le groupe scolaire est refermé sur trois côtés par des façades bien visibles de l’espace public, une place et deux rues. Le quatrième côté donne aujourd’hui sur la rue du Docteur Bauer, mais les façades, autrefois mitoyennes sont aveugles. La présence de trois grandes cours a amené l’architecte à dessiner également 8 façades intérieures (les cours de l’école primaire sont séparées pour l’essentiel par le bâtiment des pompiers et l’abri couvert).
L’importance de la place de l’école dans la République et la situation exceptionnelle au centre de la ville, ont sans doute influencé le soin particulier du traitement des façades et de leur décor. La difficulté à résoudre a été d’éviter la monotonie que de grands linéaires auraient pu apporter : 128,21 m sur la place et 70,73m sur la rue Diderot. A défaut d’avancées et de retraits, ce sont les différences de hauteur et les formes des toitures qui animent la silhouette générale. Le rythme d’ensemble est vertical, donné par la succession d’arcatures* formées par la superposition des baies, rectangulaires et cintrées au dernier étage, encadrées par des pilastres. Ce motif répétitif est cependant interprété différemment selon les corps de bâtiment. On en distingue deux : les pavillons, d’entrée et d’angle, et les ailes qui les relient. Les pavillons ont des baies plus étroites et l’effet de verticalité est atténué par un bandeau de pierre qui court au niveau des baies supérieures. Enfin, plus que l’ordonnancement* et le gabarit*, c’est le décor qui marque les différences.
La façade sur la place est irrégulière en raison des différents programmes. A l’école primaire, symétrique, axée sur le pavillon central et bordée par les pavillons d’angle, succède sur la gauche, le bâtiment de la maternelle et de la bibliothèque municipale. La composition générale est la même, mais le pavillon d’entrée légèrement plus bas que celui de l’école primaire auquel il est accolé casse le linéaire de la façade et permet de distinguer le bâtiment.
Rue Diderot, la façade a été modifiée dès sa construction par rapport au dessin de Mancel. Reconstruite en partie aujourd’hui, elle comportait 14 travées régulières (séparées en quatre puis en deux, par des trumeaux aveugles, sur les plans). Les deux angles de rue sont à pans coupés. Rue Ampère, le bâtiment des pompiers crée une rupture dans le déroulé des façades. La partie correspondant à l’école primaire est en pierre (vestiges de la première école) mais la maternelle reprend la composition des autres façades.


Rue Ampère, Maternelle
MF Laborde - MFLaborde/CAUE93
 

Angle place Jean Jaurès et rue Diderot
MF Laborde - MFLaborde/CAUE93
 
ordonnancement : Terme propre à l’architecture signifiant l’organisation des différents éléments composant une façade.


Corps central vu de la cour, détail de façade
MF Laborde - MFLaborde/CAUE93
 
gabarit : Terme propre à l’architecture signifiant le volume, la silhouette d’un ouvrage dans ses trois dimensions.

Le décor. Couleurs et matériaux

Au-delà de la composition des façades, c’est le choix des matériaux qui apporte une belle unité. L’ensemble est bâti en brique de Cormeilles ocre jaune avec des parements de brique rouge et de céramique polychrome. Les soubassements, les éléments de modénature, bandeaux, allèges ainsi que les encadrements des portes sont en pierre. Côté cour, on retrouve les mêmes matériaux, mais avec les rez-de-chaussée en pierre de taille, sans doute pour assurer l’unité avec les bâtiments conservés. Les toits sont couverts en tuile mécanique.

La brique rouge est utilisée pour créer des motifs géométriques dans les parties hautes, au dessus des arcatures : damier sur rue et rayures sur cour. Elle participe également au décor des allèges des baies, et souligne les modénatures en pierre. Sur les ailes, des panneaux de céramique* bleue en pointe de diamant, marquent les parties hautes des pilastres. Le raffinement se lit jusque dans les grilles de ventilation : bleues quand elles sont sur un fond en brique et ocre sur la pierre. Enfin, une superbe mosaïque à motifs floraux bleus et blancs sur fond doré, court sous la corniche des pavillons apportant des reflets chatoyants aux façades. Elle comporte, sur les pavillons d’angle, le blason et le sigle de la ville. On la retrouve côté cour, sur les tympans* de certaines baies du deuxième étage ou en table au-dessus de portes à rez-de-chaussée. Le corps central est doté de trois pendules : une, côté place, et deux, côté cour installées sur le tympan des baies du deuxième étage. Elles sont toutes décorées de céramique : fond doré et frises de fleur côté cour et de motifs géométrique, côté place. Toutes les céramiques décoratives sont signées Gentil et Bourdet.
Les façades sur cour sont aussi soignées que celles sur rue et reprennent les mêmes bases de composition. Il y a donc une vraie continuité entre les parties publiques et privées. Pour le décor intérieur, Mancel a également fait appel à la céramique, seule ou conjuguée au granito. Dans les dégagements, carreaux cassés sur les sols et granito gansé de frises de carreaux de céramique rouge et blanche sur les murs. Les réfectoires et la cuisine ont reçu un beau dallage, jaune, rouge et blanc ; tandis que la partie basse des murs est revêtue de carreaux blancs avec une frise jaune bordée de rouge.

La proximité des autres constructions de Mancel permet de replacer l’école dans sa carrière et de dégager quelques uns des traits principaux de son inspiration. Formé à l’école des Beaux-arts, il est resté très classique et souvent tourné vers le XIXe siècle. Il a ignoré l’Art nouveau, bien que condisciple de Guimard et Sauvage aux Beaux-arts, et dans l’Entre-deux-guerres, alors que la jeune génération révolutionnait l’architecture et la décoration, il est resté fidèle à son style. Pour le groupe scolaire Jean Jaurès, il a suivi les directives ministérielles mettant l’accent sur l’accueil, le confort et l’hygiène (de grandes ouvertures), opté pour la brique, matériau économique et durable, mais la composition de ses façades n’a rien de moderne, et renvoie plutôt à l’avant-guerre (rythme et baies verticales). Il en est de même pour le décor qui, aussi sensible soit-il, évoque au mieux le début des années 20.


Panneau de céramique décorative, Gentil et Bourdet
MMF Laborde - MFLaborde/CAUE93
 

Détails de façade
C.A. Mancel - Archives municipales de Saint-Ouen
 

Place Jean Jaurès, frise de céramique et pendule
MF Laborde - MFLaborde/CAUE93
 
céramique : Terre cuite.

tympan : Elément fixe d’une baie située en partie haute. Généralement plein, le tympan peut être le support de motifs ornementaux.


Le réfectoire des jeunes filles
Cliché Studio Fernand. Archives municipales de Saint-Ouen
 

Un réfectoire avec le dallage et le revêtement mural de céramique de 1933
MF Laborde - MFLaborde/CAUE93
 

1946-1948 reconstruction partielle du groupe scolaire

Maître d'ouvrage : Ville de Saint-Ouen
Architecte : Ferdinand de Graët


Les bombardements du 21/4/1944 ont touché le centre ville, et fortement endommagé l’aile rue Diderot, à l’angle de la rue Ampère. Seules les sept premières travées, côté place sont sauvées. Un premier projet signé L. Metrich, très moderniste est écarté au profit de celui de F. de Graët, conçu à l’identique. Si les formes sont les mêmes, les stigmates de cette reconstruction se lisent cependant dans les matériaux. Difficulté à retrouver les mêmes ou probablement problèmes de coûts, les choix se sont portés vers des matériaux similaires mais d’utilisation moins raffinée. La couleur disparaît et les éléments décoratifs sont repris de manière simplifiée. La brique utilisée est monochrome ; c’est une brique rouge sur toute la hauteur des travées qui remplace la bichromie et les effets filants qui marquent l’horizontalité au rez-de-chaussée. La frise en damier sous la corniche est reprise, mais en rouge et brun. Les panneaux en pointes de diamant de céramique bleue ont été remplacés par des panneaux de ciment simulant le même motif. Les grilles d’aération sont dorénavant en ciment. Enfin, les linteaux métalliques à fleuron ont laissé place à des linteaux en béton peints dans la même tonalité.
A l’intérieur, cette reconstruction passerait inaperçue si le revêtement des couloirs n’avait pas été refait différemment. Le granito des murs est remplacé par des carreaux de céramique gris, et le sol est en carreaux cassés dans divers tons de gris tandis que le revêtement d’origine était à carreaux gris avec quelques éléments rouges. Notons que Mancel avait utilisé les carreaux cassés dans d’autres dégagements, mais gris, blancs et rouges.


Rue Diderot. Différence de traitement entre la partie de 1933 et la partie reconstruite
MF Laborde - MFLaborde/CAUE93
 

L'aide Diderot détruite, vue de la cour
Inconnu - Archives municipales de Saint-Ouen
 

Premier projet de reconstruction
L. Metrich - Archives municipales de Saint-Ouen
 

Angle des rues Diderot et Ampère, reconstruction
Inconnu - Archives municipales de Saint-Ouen
 

Angle des rues Diderot et Ampère
MF Laborde - MFLaborde/CAUE93
 

1954-1956 agrandissement du groupe scolaire

Maître d'ouvrage : Ville de Saint-Ouen
Architecte : Jules Couez


Dès les années 1950, le groupe scolaire devient à nouveau trop étroit. En 1953, l’abri central, est transformé en salles de classes côté filles, pour les cours commerciaux. En 1956, est lancée la construction d’un premier étage rue Ampère sur les bâtiments datant de la première école. Ils sont bâtis dans la même pierre, des moellons de banc franc de Saint-Maximin hourdés en mortier de ciment. Côté filles, cet agrandissement permet la création de deux salles de classe et d’une salle de couture. Côté garçon, les nouveaux locaux sont aménagés en atelier d’imprimerie, remplaçant les ateliers fer et bois. Ces derniers sont transférés dans l’abri central. La façade sur cour est modifiée et présente aujourd’hui un avant corps dans la partie centrale de deux travées.


Rue Ampère, ancien gymnase des pompiers
MF Laborde - MFLaborde/CAUE93
 

Angle des rues Diderot et Ampère, reconstruction
Inconnu - Archives municipales de Saint-Ouen
 

Rue Ampère, ancien préau surrélevé en 1958
MF Laborde - MFLaborde/CAUE93
 

1969 transformation en CES 900. La maternelle est conservée


En 1969, par délibération municipale du 3 mars, les C.E.G. filles et garçons du groupe Jean Jaurès sont transformés en C.E.S. mixte de 900 places. Les classes d’enseignement industriel garçons (imprimerie) et d’enseignement commercial. filles sont rattachées au collège technique rue Hainaut. La maternelle est maintenue dans ses locaux.

Vers 1975, l’établissement devient collège Jean Jaurès.

 

1986-2000 transfert du collège Jean-Jaurès au Département

Maître d'ouvrage : Département de la Seine-Saint-Denis
Architecte : Alain Muckenhirn


Malgré les quelques modifications apportées après guerre et en dépit d’une certaine vétusté, l’œuvre de Mancel a été assez peu altérée. Les interventions effectuées après 1986, date du transfert de compétences des collèges au Département relèvent essentiellement de l’entretien. Mise en conformité des réseaux de gaz et d’électricité en 1886-87, aménagement des sanitaires et protection anti-intrusion en 1888.
En 1997-99, l’architecte Alain Mückenhirn construit deux préaux dans les cours. Ce sont des structures métalliques légères aux toits à quatre pans bombés.

En 2004, dans le cadre du PLU élaboré par la Ville, l’édifice a été protégé au titre de l’article L.123-1,7° du code de l’urbanisme en faveur de la protection du patrimoine bâti et naturel.

 

Vue de la cour, côté Diderot
MF Laborde - MFLaborde/CAUE93
 

2013-2014 projet de rénovation-restructuration

Maître d'ouvrage : Département de la Seine-Saint-Denis
Maître d'ouvrage mandataire : Sequano aménagement
Maître d'œuvre : Soria architectes. Patrick Monnin, architecte chef de projet
BET TCE : BERIM
BET HQE : AG12D


Surface totale de plancher : 7499 m2
Surface de parcelle : 8455 m² (parcelle OT23)
Surface collège : 5600 m².
Coût prévisionnel : 13 250 000 € HT valeur août 2010

 

Les bâtiments du collège fêteront leurs 80 ans en 2013. D’importants travaux de rénovation, de restructuration et de remise aux normes sont en projet. Les travaux se dérouleront sur deux années scolaires afin de ne pas fermer l’établissement et débuteront côté Diderot. L’aspect patrimonial sera respecté au niveau des façades qui seront ravalées et restaurées, sur rue comme sur cour.
L’isolation se fera donc par l’intérieur ; les nouvelles baies à double vitrage seront identiques aux anciennes, les toitures entièrement refaites.
Le long de la façade principale, une voie pompier sera créée, séparée de la place par une grille de façon a créer un parvis protégé.
L’intervention la plus importante sur l’aspect extérieur concerne les cours. L’abri central, dans le prolongement du gymnase et qui abrite le CDI sera démoli. Un bâtiment sur pilotis*, à structure bois et HQE viendra le remplacer. D’aspect résolument contemporain il abritera aussi le CDI ainsi qu’un préau au niveau du RDC. De part et d’autres, les actuelles petites cours anglaises devant les réfectoires seront agrandies et traitées en jardin. De grandes baies seront percées dans les actuels réfectoires, dont l’un sera transformé en salle de sport. Un grand escalier central relira le sous-sol au premier étage. Au rez-de-chaussée, l’espace accueil après transfert du logement des gardiens sera généreusement vitré sur la cour. Dans cet espace les bancs de maçonnerie revêtus de granito seront conservés.


Projet de rénovation. Plan du rez-de-chaussée
Cabinet Soria

Projet de rénovation. Plan du 1er étage
Cabinet Soria

Projet de rénovation. Plan du 2e étage
Cabinet Soria

Projet de rénovation. Plan du 3e étage
Cabinet Soria
 

Projet de rénovation. Plan de masse
Cabinet Soria
 

Projet de rénovation. Plan du sous-sol
Cabinet Soria
 

Projet de rénovation. Perspective sur le hall d'entrée
Cabinet Soria
 

 
LES ARCHITECTES DU COLLÈGE

César Auguste Mancel
1868-1937

Architecte communal de Saint-Ouen de 1902 à 1937, il a laissé une série de bâtiments importants qui sont autant de repères dans le paysage urbain de la commune, et notamment dans le centre ville. Diplômé de l’école des Beaux Arts de Paris en 1894, Mancel a reçu une formation classique qui se lit particulièrement dans les édifices publics qui bordent la mairie. L’intégralité de son œuvre reste à découvrir. Cependant, ses réalisations audoniennes, ainsi que les quelques immeubles parisiens identifiés permettent de se faire une idée de sa carrière. Pour l’essentiel, il est resté un architecte du XIXe siècle, tourné vers l’histoire dans ses aspirations artistiques, mais appelé à construire les nouveaux bâtiments nécessités par la ville contemporaine. Ce grand écart entre passé et modernité se retrouve dans les édifices publics, postes, écoles, bains douches, etc… où il a su concilier son goût pour le classicisme et le monumental avec les exigences fonctionnelles des plans. Les archives de Saint-Ouen ont conservé un bon nombre de calques, croquis et tirages qui attestent de ses qualités de dessinateur et d’une grande attention aux détails tant dans les systèmes constructifs que dans le choix des matériaux et du décor.

 
Driot & Mathieu

Nous disposons de peu d’informations au sujet de ces deux architectes. Seul Mathieu apparaît dans l’annuel professionnel Sageret entre 1880 et 1886. Driot est mentionné comme collaborateur. Mathieu a son adresse à Aubervilliers, puis à partir de 1882, 51 rue du Faubourg Saint-Martin à Paris.

 
Ferdinand de Graët
1893-?

Architecte patent (non diplômé) depuis 1921. Architecte communal à partir de 1946. Chargé de la reconstruction de la partie sinistrée du collège Jean Jaurès, et dans les années 1950, des logements sociaux de la cité Bourdarias pour l’OPHBM de Saint-Ouen.

 
Jules Couez
1897- ?

Adjoint de l’architecte communal de la ville de Saint-Ouen, C.-A. Mancel, à partir de 1926, qu’il remplace après sa mort en 1937. Licencié en 1946, il travaille cependant encore pour la ville de Saint-Ouen jusqu’au début des années 1960.

 
Louis et Annie-Brigitte Soria

Louis et Annie-Brigitte Soria ont développé leur activité d’architectes essentiellement en Île-de-France dans les domaines de l’Éducation et du logement. Ils sont les auteurs d’un nombre important d’équipements scolaires, de la maternelle au lycée ainsi que de logements sociaux dans le Val-de-Marne et en Seine-Saint-Denis.

Sélection de réalisations en Seine-Saint-Denis:

Programmes scolaires :
Collège Paul-Eluard, 16 rue Raspail, Montreuil – 2005
École maternelle des Drapiers, École élémentaire Gutenberg, 9 rue de la Montjoie, Saint-Denis – 2005
Reconstruction du lycée Hélène-Boucher à Tremblay-en-France

Logements :
Bagnolet, rue René-Alazard – 2004
Saint-Denis, La Plaine, Zac Cristino Garcia – place de la Gare – 2006

Bureaux :
Montreuil, Zac Valmy - 1994

 

 
UN COLLÈGE UNE PERSONNALITÉ

Jean Jaurès
1859-1914, une figure emblématique du socialisme

Après des études brillantes au Lycée Louis-le-Grand, puis à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, Jaurès, jeune professeur agrégé de philosophie, retourne enseigner dans sa région d’origine du sud-ouest à laquelle il est resté attaché. Il y embrasse une carrière politique à partir de 1893.
Député du Tarn à 25 ans, modéré, fils spirituel de Jules Ferry, il ne s’engage pas d’emblée auprès des socialistes qu’il trouve trop radicaux.
En 1898, s’opposant à Jules Guesde, il prend la défense de Dreyfus. En 1904, il fonde l’Humanité et devient l’année suivante l’un des principaux artisans de la fusion des deux partis socialistes à l’origine de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière). S’il reconnaît la lutte des classes, cet héritier de 1789, auteur de nombreux ouvrages politiques, pense que seule une révolution démocratique non violente alliant les ouvriers et la bourgeoisie saura faire triompher les valeurs fondamentales de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Violemment opposé à la guerre, très impopulaire parmi les nationalistes, il est assassiné par Raoul Villain au Café du Croissant à Paris le 31 juillet 1914, trois jours avant le déclenchement des hostilités.

 

 
 
 
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